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HOMMAGE À AMADOU MAHTAR MBOW (Par Mame Abdoulaye TOUNKARA)

HOMMAGE À AMADOU MAHTAR MBOW (Par Mame Abdoulaye TOUNKARA)
ET, PAR LA GR?CE DE DIEU, VOUS VOILÀ : CENTENAIRE !

 

« Al hamdoulilah »

Nous rendons grâce à Allah SWT, encore une fois, pour avoir exhaussé nos vœux, faisant de vous, un centenaire. « En route vers le centenaire ! », avait prophétisé le professeur Paul Akoto Yao, le premier ivoirien agrégé, lors de l’anniversaire de vos quatre – vingt – dix ans, au King Fahd Palace.Nous en redemandons au Créateur ! Par cette date du 20 Mars 2021, vous ouvrez une autre porte de l’histoire. Car, vous entrez dans le cercle restreint du panthéon des centenaires. Tout comme vous êtes un acteur de cette histoire, parce qu’aussi vous en êtes l’objet ; je dis que vous faites partie de ceux qui l’ont écrite ;celle des « choisis », bien sûr, par Allah SWT, comme l’atteste votre nom, Mahtar, le « Choisi ».

 

Vous êtes né à Dakar, le 20 mars 1921, dans une maternité de la rue de Thiong. Votre mère Ngoné KASSÉ, troisième épouse de votre père, Fara Ndiaye MBOW, retourna à Louga, après l’événement. Vous êtes le « Choisi », parce que premier garçon de Fara, alors âgé de 50 ans, celui – là,issu de cette troisième union. Vous intégrez l’école coranique dès l’âge de 4 ans comme pour rester dans les pas du papa exégète. De fait, débuta votre apprentissage des valeurs d’humilité, de solidarité, et d’humanisme propres à ce temple du savoir.

 

C’est le début de votre formation dans les valeurs purement traditionnellesd’africanité, à l’ombre d’un père abreuvé aux sources de l’islam et dont la piété, le savoir religieux, la droiture sontincontestés. D’où son rôle de médiateur social à Louga.

 

Et auprès de lui, vous apprenez, aussi, les travaux champêtres, de pâturage, subséquemment à votre inscription à l’école française où vous vous faites distinguer par une intelligence vivace etun goût prononcé des études qui augurent de bons résultats scolaires.

 

Durant les années 28 – 30, le monde fut secoué par une crise économique aigue, de même que l’Afrique, et donc le Sénégal. La disette et la famine n’épargnèrent pas votre Louga si bien que vous vivez ces épreuves comme tout le monde. Vous voyez mourir de faim, vous voyez les capacités ravageuses de cet ennemi et son corollaire bien africain qui a nom solidaritécommunautaire. Cette période est, aussi, une déterminante de votre personnalité.

 

Muni de votre certificat d’études, en 1935, vous vous rendez à Saint Louis où vous tentez vainement d’entrer au lycée Faidherbe du fait, selon le proviseur, de votre âge, un peu au – dessus de la limite, 14ans. Et vous retournez à Louga, pour le concours d’entrer à l’école primaire supérieure Blanchot, alors qu’un désaccord avec un de vos maitres, issu de la solution d’un exercice de mathématiques que vous estimez, avoir trouvé, contrairement à la vision de ce dernier, vous écartait de la voie de la réussite.

 

Cap sur Dakar, avec votre père. Vous suivez des cours de commerce, de sténodactylographie à la chambre de commerce. Nous sommes en 1938. Vousaiguisez votre curiosité intellectuelle en vous adonnant, pleinement, à la lecture. Aussi bien en sciences qu’en littérature, objet de votre culture généraletrès au – dessus de votre niveau académique.

 

Comme par hasard, vous tombez sur un concours de recrutement de commis organisé par l’administration coloniale. Alors que la plupart des candidats avaient un niveau scolairebien supérieur au vôtre, vous en sortez major. Du coup, démarra votre carrière professionnelle à la Résidence du Gouverneur de la circonscription. Comme autodidacte, vous vous inscrivez aux cours populaires de l’aviation en aérodynamique.

 

A la fin de la guerre, muni de votre brevet de technicien, vous entamez une formationpour une école d’ingénieur, que vous quittez aussitôt pour aller au lycée et préparer le baccalauréat. Ce sésame en poche, vous empruntez la filière histoire – géographie, à la Sorbonne, où guidé par votre caractère trempé, vous faites face aux écueilsracistes de la part d’enseignants. C’est le lieu de rencontre avec Raymonde,votre future épouse, devenue madameMBOW, en 1951.

 

Etudiant actif dans la lutte contre toute forme d’injustice, vous présidez les destinées de la Fédération des Etudiants Africains de Paris, puis la Fédération des Etudiants d’Afrique Noireen France (F.E.A.N.F.). C’est le début de votre amitié avec Félix Houphouët BOIGNY, député R.D.A. ; ce qui impactera votre carrière à l’U.N.E.S.C.O.Et, vous êtes suivi comme du lait sur le feu, par les services de renseignements français durant votre cursus estudiantin.

 

Par hasard, votre épouse tombe sur une fiche desdits services, estampillée, sous le sceau de la confidentialité : « …n’est corruptible ni par l’argent, ni par l’alcool, ni par les femmes, en conséquence indésirable au Sénégal. »

 

Dieu corrigea la déconvenue de Fara, marqué par le regret de n’avoir pas pu s’engager parmi les 93 milles tirailleurs sénégalais, pour le compte de la France du faitd’ un âge ayant dépassé celui du recrutement, pour la première guerre mondiale, en vous engageant sous les drapeaux de la France, la deuxième guerre mondiale. Vous y prenez part, dans le secteur si stratégique de l’armée de l’air, à l’école de Saint Malo, où vous excellez dansune formation de radio – télégraphiste, faisant de vous le premier sénégalais, à ce niveau.Vous devenez caporal à la base militaire de Thiès, suite à une formation intense, puis sergent dans l’armée de l’air en Afrique du nord, tout en étant reçu major à un autre concours dans ledit secteur.

 

Cependant que vous retournez au Sénégal pour démarrer votre carrière d’enseignant à Saint Louis, vous êtes affecté à Rosso, en vue de vous empêcher de formater la conscience africaine des élèves du lycée Faidherbe. Victime de racisme, vous tenez bon, en réussissant le 100 %au B.E.P.C., contrairement, au vœu de l’administration coloniale qui vous confie une classe de troisième au niveau académique très limité. Du jamais vu dans cette contrée !

 

De Rosso, vous êtes affecté à Saint Louis, précisément à l’inspection d’académie où vous retrouvez l’enseignant qui vous avait renvoyé du lycée, arguant du critère de l’âge. Ironie du sort, vous êtes nommé directeur de l’éducation de base au moment où vous rédigezvotre thèse dont le sujet portait sur « la vallée du Sénégal », encadré par un professeur français. « Ces tâches d’éducation et de développement, je les concevais comme une mission à accomplir vis-à-vis des masses paysannes sénégalaises. » : dites-vous à votre biographe ThassindaUbaThassinda dans son livre Amadou Mahtar MBOW, Un sahélien à l’U.N.E.S.C.O.

 

Votre propos l’illustre : « J’ai beaucoup appris car s’il est vrai qu’avant d’aller en Europe, j’avais une expérience directe de la vie africaine pour l’avoir pleinement partagée, il me restait encore beaucoup de choses à découvrir, à sentir, à mieux appréhender, à la lumière d’une sensibilité plus aigüe qu’auparavant à l’égard de nos modes de vie et de notre condition générale. Avec l’éducation de base, ce fut l’occasion d’un véritable ressourcement. ».

 

Responsable de PRA – Sénégal et professeur au lycée Faidherbe,vous rejoignez SENGHOR, en 1955avec Fadilou DIOP, Cheikh FALL et Abdoulaye LY, pour jouer votre partition dans la marche du pays. Ministre de l’Éducation nationale, en 1957, vousdémissionnez en 1958, à propos du référendum.Homme de conviction, vous faites partie de ceux qui démissionnent si peu que leurs principes soient écorchés.

 

Vous êtes l’historien historique, à l’image de De Gaulle, Churchill, Mandéla, Nkrumah… Et,de votre historicité, nouscapitalisonsvos qualités humaines, vertus, et actes de haute portée, voire les jalons qui convergent vers un destin atypique. Cela confirme que l’histoire est exigeante, de ces exigences qui sélectionnent et honorent ces créatures qui, dans leur existence, et dans un domaine particulier, ont dominé le monde d’un vol d’aigle. Vous l’avez réussi dans la plus haute sphère mondiale des Sciences, de l’Éducation et de la Culture.Plus d’une quarantaine de titres de docteur honoris causa dont vous êtes, après SENGHOR, le deuxième de la Sorbonne – 08 décembre 1975.Et une foultitude de livres à votre actif ; « Le temps des peuples », « Aux sources du futur » …. ; la postérité le prouvera. Fidèle à l’appel du devoir, la présidence des « Assises nationales » du Sénégal, en 2008, vient couronner la boucle.

 

Après un parcours politique et administratif remarquable dans votre pays, explicité, entre autres, par vos nominations à différents postes de ministre, de 1957 à 1970, vous recevez la proposition d’aller travailler à l’UNESCO. Alors que vous aviez, encore, démissionné de votre poste de ministre de l’Éducation nationale, lors de la grève de 1968, fidèle à vos principes d’adepte du dialogue et, de la concertation. Vous rappelez : « Il y’avait des gens qui étaient décidés, au sein du Gouvernement,à troubler l’ordre public à l’encontre des étudiants et contre ma volonté. De cela, j’ai la conviction profonde, sinon la certitude même.». Et donc, vous réintégrez le Gouvernement jusqu’en 1970, date à laquelle, vous arrêtez la politique.

 

Vous devenez d’abord sous – directeur général. Votre foi en l’Éducation, à l’amélioration du sort des pays en développement, votre vision sur le Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication (N.O.M.I.C.), vos qualités de travailleur acharné, attestées par tous et votre loyauté envers le directeur général de l’époque, René Maheu, ont laissé poindre les prémices afférentes à votre candidaturefuture à la succession de ce dernier.

 

C’est ainsi qu’il s’en est ouvert à quelques proches comme Léon Boissier PALUM, ancien président du Grand Conseil de l’A.O.F. ; tandis que de l’autre côté, l’O.U.A., par son secrétaire général adjoint Mohmeth SHANOUN, vous fit la confidence de votre éventuelle candidature africaine. Tout comme le président SENGHOR, qui a opiné du bonnet, après avoir enêtre informé par ce dernier. Toujours à – cheval sur vos principes, vous leur opposez les mêmes conditions, qui furent acceptées.Aussi, après que Maheului-même s’en ouvre à vous.

 

Vous êtesélu, à l’unanimité, Directeur général de l’UNESCO, soutenu par l’Afrique, le Tiers – monde et les pays industrialisés, le 14 novembre 1974. Un seul bulletin blanc. Vous vous définissez comme un citoyen du Tiers – monde et serviteur de l’univers. Vous laissez retentir cette phrase devant l’auguste assemblée : « Avant d’accomplir le serment rituel, je vais accomplir un autre rite qui répond aux traditions du pays d’où je viens. Il s’agit de prendre congé devant vous de l’Afrique et des pays du Tiers – monde qui ont pris l’initiative de proposer ma candidature et qui en ont été les soutiens les plus fermes. Parce que, désormais, je suis le citoyen de chacun de vos États. ».

 

Chevillé sur vos convictions,vous ajoutez : « Quand je parle des peuples d’Afrique, il ne s’agit pas d’une vision abstraite mais d’une réalité vécue et pleinement assumée. Ma présence à la tête de cette Organisation, n’est, en effet, que la conséquence de mutations profondes qui se sont accomplies dans ce continent depuis le début de ce siècle. J’ai grandi avec l’Afrique, souffert de sa souffrance, vécu ses angoisses, comme j’ai assumé ses espoirs. ».

 

Ainsi, patron de la plus haute sphère des sciences, de la culture et de l’éducation au monde, vous déroulez, vous opérez des réformes profondes, vous tentez de mettre tous les pays sur le même pied, ce queles occidentaux ne vous pardonnent pas. Hélas, surviennent la jalousie, le racisme, le complexe, la haine,et vous devenez un Problème face à la Problématique de l’égalité des peuples, prônée et mise en œuvre par un ressortissant d’un pays du Tiers – monde, adepte du travail rigoureux, abhorrant le suivisme et la paresse.

 

Contre vents et marrées, vous parcourez le monde, dans ses coins et recoins, avec comme viatique une meilleure compréhension des peuples, de leurs cultures ; vous tentez d’arrondir les angles même avec vos ennemis afin d’établir l’intérêtcommunautaire ; tout en demeurant cet africain, ce sénégalais abreuvé aux sourcesde son Louga. Naturellement armé de votre courage impressionnant, votre foi islamique, vous restez zen devant les multiples attaques connues de tous, déjouant traquenards et entourloupes de tout acabit. Et vous réussissez à obtenir un deuxième mandat de D. G., en 1980, à Belgrade. A cet effet, vous vous costumez de notre « grand – boubou » national, ce qui, à coup sûr, déplait vos contempteurs.

 

Sur ce, je crois utilede citer quelques témoignages sur vous. « Les différents lobbys ont joué aux Etats- unis contre un homme qui est un musulman sincère – mais pas du tout fanatique – extrêmement tolérant, extrêmement large d’esprit, très cultivé mais qui ne renie pas pour autant ni ses convictions ni ses origines africaines. » dixit le professeur Pellissier de l’université de Paris.

 

« Je crois que MBOW épuise un peu ses collaborateurs surtout en voyage. » lance Edouard Glissant, ébahi par votre endurance au travail,lors d’un voyageeffectué avec vous.

 

« Bourreau de travail, ce haut fonctionnaire s’est dépensé à la tête de l’U.N.E.S.C.O. pendant une période particulièrement difficile. » Jacques Chirac.

 

« .. . J’ai vu un homme lucide, soumis à l’épreuve au maximum et mettre l’épreuve aussi à sa capacité d’analyse et son courage pour ne pas céder aux pressions pour faire face aux choix appropriés en vue de préserver l’U.N.E.S.C.O., intègre et fidèle à sa vocation originelle : l’éducation, la science et la culture. ». Gloria LOPEZ, fonctionnaire internationale.

 

Ainsi, après ce survol de votre élogieux parcours, j’associe madame MBOW à cette homélie pour son soutien indéfectible de 70 ans. Inutile de dire que vous êtes une référence pour tout dirigeant, à fortiori pour nos autorités contemporaines, qui doivent méditer votre simplicité, votre accessibilité, votre altruisme et votre respect de l’autre. Car, le MBOW connu des années 68 – 70 que j’ai un peu côtoyé à la S.I.C.A.P. Dieuppeul et au quartier du Point E, demeure le même que celui de 2021, en dépit de votre « universalité ». Vous avez enseigné à l’humanité une leçon de vie.

 

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