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Naissance d’une fillette 2 ans après la greffe d’utérus de sa mère : Les étapes d’une prouesse médicale

La fillette est née ce vendredi, deux ans après la greffe d’utérus de sa maman. Une première en France, porteuse d’espoir pour les femmes privées de cet organe à cause d’une maladie. Mais le chemin médical et éthique est encore long.

Lovée contre la poitrine de sa maman, sa tête au chaud sous un bonnet rose, Misha peut profiter d’un sommeil réparateur. Ce vendredi 12 février, la fillette vient de naître, à l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine). Une naissance pas comme les autres, révélée ce mercredi 17 février, fruit d’un amour sans limite et d’une prouesse médicale qui redonne du baume au cœur en ces temps moroses.

Pour la première fois en France, un bébé est né après une greffe d’utérus. Déborah, une rayonnante professeure de natation de 36 ans, est venue au monde sans cet organe reproducteur. La faute à une maladie congénitale, le syndrome de Rokitansky, qui touche une femme sur 4500 et la prive de la possibilité de donner la vie. Mais voilà, depuis quinze ans, les médecins sont à pied d’œuvre. Encouragée par l’exemple de la Suède, qui la pratique depuis 2014, l’équipe de Foch est bien décidée à réaliser à son tour une greffe utérine.

Brigitte, la donneuse, est la grand-mère du bébé

Après une montagne de recherches et de papiers, l’autorisation leur est donnée en 2018. « Nous avons étudié les profils des 250 volontaires et nous en avons sélectionné cinq. Celui de Déborah est arrivé premier », explique le professeur Jean-Marc Ayoubi, l’emblématique chef du service de gynécologie obstétrique.

Le 31 mars 2019, la transplantation est réalisée. La donneuse, Brigitte, n’est autre que la mère de Déborah. Le couple mère-fille rend la greffe plus compatible. Et même si la quinquagénaire est ménopausée, l’utérus, lui, vieillit très peu.

Dans le corps de la jeune femme, il s’adapte parfaitement. En juillet, une fécondation in vitro (FIV) est tentée, avec succès. La trentenaire donnera naissance à sa fille à sept mois de grossesse : un bébé de 42 cm et 1,8 kg d’espoir. « On se dit souvent, avec Déborah, qu’on a une bonne étoile », nous confie Pierre, l’heureux papa, qui rêve maintenant de passer à l’étape suivante : la reprise d’une vie enfin normale, chez eux, à Cannes (Alpes-Maritimes).

« Faire profiter de la technique au plus grand nombre »

« Vous savez, si cela reste une prouesse, on aura réussi sur le plan émotionnel, mais on aura échoué sur le plan scientifique. On ne veut pas être dans l’exploit, mais faire profiter de cette technique au plus grand nombre », assure le Pr Ayoubi. En France, plusieurs dizaines de milliers de femmes, peut-être 100 000, sont privées de tout ou partie de leur utérus. Rokitansky, cancer gynécologique très jeune, hystérectomie après un premier accouchement… Et parfois, l’organe est là, mais ne fonctionne tout simplement pas.

« C’est un espoir pour de nombreuses jeunes filles », s’exclame Amélie Victor, la présidente de l’Association syndrome de Rokitansky – MRKH, avant de tempérer : « mais cela ne concerne qu’une naissance et l’on reste prudent, les protocoles sont lourds, très compliqués et on manque de recul. » « Médicalement, c’est d’une lourdeur extrême », confirme le Pr Michel Tournaire, qui connaît bien la maladie.

Le gynécologue ne serait pas contre le fait que cette naissance puisse voir émerger un débat sociétal plus large, notamment sur la gestation pour autrui (GPA) pour ces femmes qui ne peuvent porter d’enfants. Le débat éthique se posera forcément. Dans Libération, la psychanalyste spécialiste de bioéthique Geneviève Delaisi de Parseval appelait après la greffe de Déborah à mener une réflexion globale sur « ce qui fait mère. »

Bientôt trois nouvelles greffes ?

En parallèle, la recherche se poursuit. Le CHU de Limoges a reçu en 2015 une autorisation pour mener un projet avec des donneuses cette fois en état de mort cérébrale. « Mais aucune greffe n’a encore été réalisée », nous confirme l’Agence du médicament en France.

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